12. Massif du Fitz Roy

12. Massif du Fitz Roy

Dès notre arrivée à El Chalten, nous regardons la météo. Nous le savons, ici il faut savoir profiter des (rares) fenêtres que Zeus est susceptible de nous offrir. La carte nous propose de relier les deux randos que nous voulions faire pour en faire une grande. Sauf que la liaison entre les deux n’est autorisée que dans un seul sens, et bien évidemment pas celui que nous voulions. Ce sera donc deux randos que nous ferons. La météo dicte l’ordre. Nous partons pour le Fitz Roy et le Cerro Torre, ou plus précisément pour le point de vue sur le Fitz Roy et le Cerro Torre, restons humbles… Départ tardif pour monter au camping le plus proche du fameux Mont. Nous sommes les derniers, ou presque, à arriver au milieu de dizaines de tentes. Pendant que nous plantons la nôtre, Leïla et Célestin se lancent dans les grands travaux : construction de table, chaises, bancs et circuit pour courir.

Nous, nous couchons sous un ciel étoilé… pour nous réveiller sous le même ciel étoilé. Petite côtelette nocturne pour arriver en même temps que les premières lumières sur le Fitz Roy. Pas de rose, les nuages dans la plaine empêchant les rayons du soleil de venir réchauffer le rocher. Ça n’en reste pas moins magique !

Ensuite, redescente, suivie d’une traversée pour aller camper au plus près du Cerro Torre cette fois. Nouveau réveil matinal pour lever de soleil à cinq minutes de la tente. Nous avons la chance de pouvoir prendre notre petit déjeuner baignés par une belle lumière orangée face à la montagne préférée de Florent !

Puis c’est la descente finale pour une arrivée dans le vent d’El Chalten ! Nous changeons de rue pour ne pas nous faire fouetter par le sable. Carnage au camping, un paquet de tentes sont complètement en vrac. A nous de trouver une place relativement abritée au milieu de tout ce quilombo…

Deux jours de repos pour laisser passer le vent et la pluie, pour faire la classe et manger des glaces, pour profiter de la salle commune, bondée, du camping. Petit coup d’œil à la ronde,  à nous quatre nous sommes dans la moyenne d’age : 25 ans ! Nous avons même le plaisir de retrouver Amélie, Julien, Anae et Meloe, pour le plus grand bonheur des enfants!

Nouvelle fenêtre météo : nous refaisons les sacs et laissons à nouveau vélos et sacoches chez Mariana qui quelques jours plus tôt nous avait gentiment proposé de garder nos affaires chez elle.

Cette fois nous partons pour le passo d’El Viento, le bien nommé… Il y a douze ans, ce fameux vent ne nous avait pas laissé dépasser le rocher à la sortie du campement, le col était alors resté pour nous un endroit impossible à rejoindre. Cette fois nous y croyons. Nous montons d’un bon pas. Petite pause sur les rochers, craque le pantalon. Célestin se marre en voyant ma culotte léopards. Flo sort le gros scotch gris pour que les félins ne s’échappent pas. Établissement du campement à l’abri dans la forêt. La cabane est toujours là, aussi petite que dans notre souvenir, et manifestement les souris aussi ! Nous plongeons dans nos duvets car une grande journée nous attend.

Pour monter au paso del viento deux passages rigolos, le premier : une tyrolienne. L’épreuve précédente ayant été de louer des baudriers ajustables… dès que nous prononcions le mot  » enfant « , la réponse était  » non « . Même en leur démontrant l’inverse, preuves (légales et pratiques) en direct, c’était  » non, les baudriers ne sont pas faits pour les enfants « . Ils auraient tout aussi bien pu nous dire  » Non, les enfants ne vont pas en montagne « . Flo était donc retourné en boutique le lendemain, sans enfants. Et le voilà maintenant pendu au câble, sa fille entre les jambes, à passer au-dessus du torrent sous les applaudissements de la petite file des randonneurs. Une fois toute la famille de l’autre côté, nous poursuivons notre ascension pour arriver sur un glacier, suffisamment couvert de cailloux pour ne pas craindre les glissades. Leïla est contente ! Elle jalousait son frère depuis qu’elle savait qu’il avait été sur la Mer de glace avant sa naissance. Elle avait bien regardé la carte et avait repéré que nous allions passer près, voir sur des glaciers :  » Maman, regarde, là on peut aller sur le glacier « . Elle enjambe les crevasses sans appréhension et s’amuse avec son frère à jeter des cailloux dans les trous d’eau pour en estimer la profondeur. Nous poursuivons notre montée pour trouver des lacs d’altitude au col et basculer sur le campo de hielo sur, un immense champ de glace alimenté par les précipitations venues du Pacifique. Au fond, d’autres chaînes de montagnes qui semblent loin de toute exploration. C’est magnifique ! Nous restons un long moment devant ce paysage grandiose.

Puis c’est la longue redescente, le glacier, le pierrier et la tyrolienne, en solo pour les enfants cette fois, arrivée au camping et chute d’une dent de Célestin. Il écrit un mot à la petite souris… Au petit déjeuner, c’est au tour de Flo de perdre une dent… Le soir même, il va voir la petite souris du poste de santé, qui lui dit de revenir le lendemain à 7h, heures des urgences. Célestin se tourne vers moi avec un grand sourire « Maman, pour couper le turon, il faut attendre demain 7h… « 

La météo nous annonce à nouveau du vent, de la pluie, que du bonheur, hors de question de reprendre la route tout de suite. Nous profitons des accalmies pour aller nous balader aux pieds des falaises. Le camion de Patagonia est de passage dans le village, nous apportons pantalon et veste à ses couturières pour les faire réparer, parfait! Nous faisons même une petite séance ciné-montagne dans la salle d’escalade du club andino. On se sent presque comme à la maison !

11. De Puerto Natales à El Chalten

11. De Puerto Natales à El Chalten

28 décembre. Départ de Punta Arenas. Un peu chaotique. Ayant déjà fait le trajet Punta Arenas > Puerto Natales dans le bon sens (et au souvenir de la tête des cyclos que nous croisions), nous n’étions pas très motivés pour le refaire dans le mauvais sens. L’option bus nous a paru être la bonne. Nato, pour nous aider, a gentiment contacté un de ses amis transporteurs. Deux d’entre nous pouvaient monter dans le camion avec les vélos et toutes les sacoches tandis que les autres prendraient le bus. Parfait, en plus le chauffeur vient nous chercher au pied de l’immeuble! Départ prévu à 10h. Nous étions fin prêts. 10h30, rien. 11h, rien. 12h, une petite fourgonnette arrive. A peine de la place pour les quatre vélos et pas de siège pour aucun d’entre nous. Hors de question de laisser les vélos tout seuls. Pas par peur du vol, mais de la casse potentielle qui pourrait arriver par inadvertance. Le chauffeur propose de revenir dans l’après-midi avec un camion plus grand. Nous ne comprenons pas tout à l’organisation, pero bueno, on accepte ! L’après-midi passe, pas de nouvelles. Je cours attraper le bus de 17h30 avec les enfants et laisse Flo seul avec vélos et bagages et le risque que finalement aucun camion ne vienne… Mais si, un gros fourgon vide arrive. Perfecto. Mais non, c’est seulement pour rejoindre un entrepôt ou sacoches et vélos sont mis sur un autre gros camion. Flo essaye d’être de tous les côtés à la fois pour que les sangles qui maintiennent le chargement en équilibre n’écrasent pas nos vélos. Il réussit à sauver à peu près tout. De notre côté, nous traversons la pampa en fleur dans notre bus spiderman. Ça y’est c’est le printemps ! Les entrées des estancias se sont colorées de lupins rose, violet, bleu. Nous arrivons dans les lumières du soir à Puerto Natales. Il fait beau, presque chaud. Nous rejoignons la maison de Maria, notre hôte pour les jours à venir. Une fois de plus nous n’avions pas tout compris. Maria est vétérinaire, avant elle habitait dans cette maison où nous allons dormir, aujourd’hui elle vit dans un petit appartement contigu à son cabinet. Deux australiens ont loué une des deux chambres de la maison. Ils devraient arriver vers 22h30. Maria part s’occuper de ses patients poilus. Un camion arrive. C’est Flo! Déchargement des vélos dans la nuit qui tombe. Les Australiens arrivent. Après une semaine de rando, ils ouvrent de grands yeux ronds devant tout ce remue ménage. Quelques minutes plus tard, le calme est revenu, Maria aussi. Notre bazar est dans un coin de la maison et de l’eau chauffe pour tout le monde. Pfou quelle journée ! Il est plus facile de rester sur nos vélos !

1 janvier. Nous reprenons les vélos pour de bon. Direction le parc Torres del Paine. Petit arrêt à la grotte du Milodon, un animal préhistorique dont des ossements ont été retrouvés ici. Cette région a été l’une des plus riches du monde en grands mammifères préhistoriques, avant que tout le monde disparaisse il y a 11.000 ans. Pourquoi ? Sans doute la faute à l’arrivée des êtres humains et à un changement climatique. Après la grotte, fin de l’asphalte. Bonheur de retrouver le ripio, la tôle ondulée, la poussière… Nous nous échappons de la piste pour aller camper sur l’herbe grasse. Les premières étoiles sortent, ça faisait longtemps que nous n’avions pas vu la nuit !

Au matin, retour sur la piste. Beaux paysages sous le soleil, mais la route se fait un peu longue. Flo crève une fois, deux fois. Le pneu a plus de 10 ans, la chambre à air a sans doute plus de 50.000km et déjà 18 réparations. Ceci explique sans doute cela… Il commence à se faire tard, les rivières dessinées sur la carte sont absentes du paysage. Sans eau il nous faut poursuivre. Leïla en a marre des côtes. Elle maudit les ingénieurs chiliens sur 10 générations ! Dans un virage, un petit bout de forêt où se mettre à l’abri du vent. Sauf qu’il n’y a pas d’eau. État des réserves : 1,5l. Tant pis nous nous arrêtons et nous demanderons aux voitures…qui ne passent pas. Un moteur arrive enfin, pas d’eau. Un deuxième, une camionnette qui ravitaille un des hôtels. Il nous laisse quatre petites bouteilles prises sur sa cargaison, davantage ça se verrait. Troisième moteur : un fond de gourde. Nous allons survivre ! Un peu plus tard, quatrième moteur : c’est en fait le troisième qui revient après avoir été faire le plein d’eau pour nous. Tip, top les grimpeurs ! La soirée sera plus tranquille.

Entrée magnifique dans le parc Torres del Paine. Il fait gris, le bleu du lac en est d’autant plus beau. Les fameuses « Cuernas » jouent à cache-cache dans les nuages. Le ripio est difficile, raide, encore. Nous abandonnons l’idée de traverser le parc dans la journée. Pause au premier camping et balade au Cerro Condor. Ça vente fort la-haut ! Célestin s’essaye à la wingsuit immobile : « Une minute ça va, plus longtemps c’est trop difficile ! « .

Traversée du parc dure, dure. Le ripio est difficile, les pentes toujours à la mode chilienne, près de 1000m de dénivelé sur une piste censée longer le lac… Les cuernas sont belles même dans le brouillard, mais ça reste éprouvant. Fin de journée, nous entrons dans l’univers étrange du parc : un centre de bienvenue privé qui ressemble à un terminal de bus de luxe. Déphasage total avec la journée que nous venons de passer ! Au camping; les jeunes nous laissent nous installer sans avoir réservé, ouf ! Les douches sont chaudes, ça fait beaucoup de bien !

5 Janvier. Réveil 6h. Les enfants se lèvent tôt presque sans râler ! Nous avons prévu de faire la rando la plus courue du parc : Mirador Cerro Torre. Nous montons tranquillement, avant l’arrivée des bus. Quelques personnes sont déjà dans la redescente, déçues : les nuages leur ont caché les lumières du lever de soleil sur les Tours. Belle arrivée en haut, au bord du lac. On attend que les tours se découvrent. Le vent pousse les nuages. Les gens arrivent petit à petit. Deux heures après, nous nous retournons, des centaines de personnes sont là ! Et il en arrive encore quand nous attaquons la redescente ! Retour tôt à la tente. C’est agréable de finir la journée à 16h30. Ça laisse le temps de faire la lessive…
A la nuit tombée un chat sauvage se faufile dans le camping. Il nous laisse le suivre.

7 janvier. Belle sortie du parc. Cette fois c’est le soleil qui allume le bleu du lac avec en fond les massifs que nous venons de quitter. Et pour notre bonheur la route est asphaltée ! Quand il y a des travaux, nous avons le droit de rouler sur le bandeau de béton fraîchement tiré. Décidément, on adore ces pistes cyclables! Mais attention, virage et paf le vent fait son retour, en pleine face. Ouch, ça fait mal ! Vite, repas à l’abri dans l’abri-bus ! Allez, on repart. Ouch, pas diminué le vent. Tenir jusqu’au prochain virage, deux kilomètres à serrer les dents. Virage à gauche, vent de côté. Deuxième virage à gauche, vent de dos, Haha, trop cool ! Nous filons jusqu’à Cerro Castillo. Petite pause goûter pour fêter les 3.000 kilomètres et ça y’est nous entrons dans la ville du Far west, ou Far east chilien, ou, enfin, bon, bref, un village soumis aux vents qui fait siffler les fils électriques, s’envoler les sacs de courses et les cyclos un peu endormis. Nous plantons la tente dans le parc à jeux : deux rangées de palissade de 5m et plein d’arbres pour se protéger d’Eole ! Nous dévalisons l’étagère à légumes de l’épicerie : 21 carottes, 4 oignons et 9 oranges.

8 janvier. Nuit dans le vent. Réveil dans le vent. Journée dans le vent. De dos pour passer la frontière. De côte sur le ripio pourri du côté argentin. C’est dur. Leila maudit la terre entière. Une fois l’asphalte retrouvé, elle me dit tout sourire : “Cette fois tu ne peux pas me gronder parce que je mange mes cheveux, c’est la faute au vent!”. Encore deux trois virages avec le vent de côté, et ça y’est nous l’avons de dos. Nous nous envolons, mais il ne faut pas s’arrêter, ça caille trop! Nous passons devant un panneau qui indique une école. C’est toujours étonnant, et rassurant, de voir qu’il y a des écoles partout, même au milieu d’une pampa où nous ne voyons aucune habitation!

Nous nous arrêtons pour la nuit au carrefour Tapi Haike, derrière les bâtiments de la police et du service des routes. Il y a douze ans, nous y avions partagé un asado mémorable avec les travailleurs. Aujourd’hui les visages sont plus fermés, trop de trafic de cyclos? Heureusement il y a toujours de l’eau et de quoi camper à l’abri du vent.

Turrón au dessert, et paf le pouce ! Belle coupure. La gourmandise me perdra… Flo veut me recoudre. Je suis moyennement motivé à l’idée d’être sa première patiente… Du coup il m’envoie au poste de santé le plus proche,  à 80 km, à Esperanza. Une bétaillère s’arrête et m’embarque. La pampa est belle sous les lumières du soir. Mon chauffeur n’est pas bavard, ça me va. Je suis fatiguée et me demande ce que je fais là. Les pensées volent. Esperanza, joli nom. A l’arrivée, hormis la station service, tout semble être fermé, même le poste de santé. Je sonne sans y croire, et miracle, quelqu’un vient m’ouvrir. Un premier gars, puis un deuxième regarde ma coupure, cherche je ne sais quoi dans tous les placards. Un troisième arrive “Excusez-moi, j’étais sous la douche”. Il regarde. Pas de points, zone trop fragile. Argentine 1ère, France 2eme. Haha, vive le foot! Je me retrouve avec un beau gros pansement et merci au revoir. Je tente le stop au carrefour. La nuit tombe. Une seule voiture passe s’en s’arrêter. La nuit se fait noire, le froid arrive. Je vais à la station service et remonte dans une bétaillère, vide cette fois, avec un chauffeur plus loquace, nous discutons de la vie dans la pampa, la vie de famille, politique, le réchaud pour chauffer l’eau du mate bien calé entre nos sièges. Arrivée à minuit trente, Flo m’attend sous un ciel étoilé et dans un vent glacial.

9 janvier. Départ plus tard que souhaité (faute au turron…). Il vente déjà fort. Deux options : un raccourci par un ripio avec vent plutôt favorable ou un détour par l’asphalte avec 80km de vent de dos et 90 de face. On se lance sur la ripio. Enfin on tente. Malgré l’aide du vent, la piste est difficile, très, trop. Le porte bagage avant de Flo casse (Guy, tu aura du boulot  à notre retour!). Le chef regrette notre choix. La petite voix de Leïla de ce matin se faufile dans notre tête : “Mais pourquoi on fait pas le détour? On va tranquille jusqu’à Esperanza et après on fait du stop. Facile!”. Popopopo. On croise un couple de catalan. Malgré le vent de face, ils ont une pêche d’enfer et remontent le moral des troupes en brieffant les enfants sur les pizzas, burgers et glace qu’ils devront réclamer à El Calafate! On arrive à avancer. Le ripio s’améliore, un peu, et le vent nous aide de plus en plus. Les paysages sont magnifiques et grand ouverts. Mais pourquoi cette impression de liberté décuplée ? Il n’y a pas de barbelés! Ça change toute la vision du monde! Le regard va loin. Les condors s’amusent du vent. Nous atteignons notre objectif du jour : un poste de police… abandonné. Quelle idée d’en avoir mis un là ! Ça devait être la punition suprême! Comme souvent de nombreux dessins et mots couvrent les murs. Ici depuis 2017, 2018, 2019. Date de fermeture du poste ou date de développement du voyage à vélo dans ces contrées?

10 janvier. Pas de vent au lever. Ça fait du bien! Le ripio est plutôt bon. Nous avançons bien et rejoignons l’asphalte à 11h, en même temps que le vent qui forcit… Face à nous, un autre bâtiment de la vialidad. Nous décidons de nous arrêter là. Le vent de côté sera trop dangereux l’après-midi. La personne d’astreinte nous laisse nous reposer dans l’immense garage, comme tous les autres cyclos. Nous le sentons blasé des deux roues. L’après-midi, il sort en soufflant avec son bidon d’eau quand il voit 5 cyclos italiens arriver. Drôle d’ambiance. Nous faisons l’école à l’abri du vent. Leila poursuit son cours de géométrie en faisant des bricolages. Flo s’occupe de tous les cyclos qui passent. Les cinq derniers restent dormir comme nous dans le garage. Le cantonnier vient passer un peu de temps avec nous. En cette fin de journée, il est beaucoup plus détendu et souriant! Tout le monde se couche juste avant le démarrage du groupe électrogène. Les ronflements ne risquent pas de couvrir le bruit, mais les yeux se ferment quand même. Il faudra se lever tôt demain pour échapper au vent.

11 janvier. Réveil à 4h30 pour partir à 6h. Le petit monde des cyclos se lève doucement. Les enfants arrivent même à se motiver pour voir le ciel tout rose! Les belges sont les premiers à partir, vers le sud et le ripio. Peu de temps après, nous prenons la route du nord et de l’asphalte. C’est étonnamment calme. Légère brise aidante, pas de circulation. La pampa se réveille tranquillement, se dore au soleil. Les guanacos nous suivent du regard. Le Fitz Roy apparaît au fond. La route se réveille à son tour. Doucement elle aussi. Une voiture après l’autre. Un camion après un bus. Grande descente vers un lac bleu turquoise qui semble posé au milieu du désert. Pause pique-nique à l’oasis près de la rivière. 13h. Toujours pas de vent. Nous décidons de repartir plutôt que de planter la tente. Mal nous en pris. Le vent forci, comme prévu. Mais maintenant il nous faut arriver jusqu’à El Calafate, pas d’abri, pas d’eau avant. Nous arrivons au carrefour de l’aéroport. En plus du goûter, nous mangeons le pique-nique du lendemain pour faire le plein d’énergie et braver les courants aériens sur les 15 kilomètres qu’il nous reste à faire. La famille se met en file indienne, pas un cheveux ne dépasse et nous arrivons enfin en ville! Célestin est fière, c’est notre plus grosse journée : 100km! Bon, mais on espère ne pas en faire trop des comme ça…

El Calafate. Pause de quelques jours. Pauses glaces, au pluriel… Pause glacier, au singulier, le gros, le Perito Moreno. Les enfants sont impressionnés par les séracs qui tombent dans le lac. Eux qui rêvaient de marche sur glace se rendent compte que ce n’est pas si évident… Pause copains. Une famille française arrive au camping, Julien, Amélie et leurs filles Anae et Meloe sont aussi en voyage pour un an, sac au dos, entre Amérique du sud et Asie. Les enfants sont les plus heureux du monde! Ils ne veulent plus partir, mais il nous faut reprendre la route, avec la promesse de se revoir dans quelques jours.

15 janvier. Dernier petit déjeuner collectif, derniers jeux, dernière course de pain. 15h, on enfourche les vélos et c’est le retour dans la pampa. Vent de dos, récompense après l’aller! Nous sommes dans le flux, pas de bruit, pas de froid. Carrefour, virage à gauche et paf le vent. Quelques kilomètres à rouler penchés et pause de la tente au bord de la rivière. Un couple de kayakiste se prépare pour rejoindre l’Atlantique. Des cyclos se sont mis à l’abri du vent derrière des bâtiments abandonnés.

On le sait, pour ces derniers jours avant El Chalten, il va nous falloir jongler avec le vent, viser les points d’eau, trouver les bons abris pour camper. Nous avons tous les mêmes, ou presque. Nous retrouvons Marion et Lucas à la fameuse maison rose, un ancien hôtel abandonné. Ils nous ont rattrapés puis dépassés. Quelques kilomètres plus loin, plein d’eau à l’auberge de la Serena. Ambiance surréaliste, tous les bus touristiques qui vont d’El Calafate à El Chalten s’y arrêtent. Bain de foule avant de retourner dans le désert!

Pédaler contre le vent. Une voiture s’arrête, le chauffeur sort nous prendre en photo. Flo le force à écouter une partie de notre histoire. Il n’en a rien à faire et remonte vite dans sa voiture. Nous sommes devenus nous aussi une attraction touristique, comme les guanacos, bon pour la photo, c’est tout, case cochée.

Nouveau refuge, nouvel abri à cyclos. Il est midi. Ce qui nous attend c’est 90km de vent de face pour rejoindre El Chalten. Grosse flemme. Plus on attend, plus le vent forci. Les cylos passent, s’arrêtent, repartent, vers le sud, grisés par le vent de dos. Nous discutons avec Maxime. Il est sur la route depuis deux ans et demi. Parti d’Alaska, il s’envolera vers l’Afrique après avoir rejoint Ushuaia. Nous sommes claqués du vent, de la lumière, de la sécheresse et El Chalten ne semble plus être le lieu de repos idéalisé, mais serait devenu un village touristique surpeuplé où les tentes se touchent les unes les autres. Nous n’avons pas bougé du refuge. La lune se lève sur un Fitz Roy dénudé. Elle a la tête en bas. A moins que ce ne soit nous?

Lever tôt, le ciel est teinté de rose. Célestin est d’excellente humeur! Les parents voient que le vent souffle toujours… Départ. File indienne. Célestin en oublie de zigzaguer et arrive à tenir la ligne droite derrière son père. Leila “s’accroche” à moi. Midi, rivière. Objectif 1 réussi. Des voitures arrivent, conciliabules de gauchos? Un troupeau de chevaux arrive à son tour. Les deux gars nous expliquent : les chevaux partis le matin de Tres Lagos, à 90km, vont à l’estancia un peu plus loin pour profiter de pâturages plus verdoyants. Il nous propose de camper à l’estancia, à l’abri du vent. Nous nous renseignons sur la suite de la route, l’eau et les abris entre la ferme et El Chalten. Il nous regarde en rigolant : “Après? No hay nada, puro Eol!”. Ok, on sait ou dormir ce soir, on ira pas plus loin cette fois!

Le lendemain, nous prenons la route à 8h. Le vent est déjà là. 2km en 30 minutes. Stop, demi-tour. Retour à l’estancia en 2 minutes… École à l’abri du vent.

Surlendemain, nous prenons la route à 6h. Lever du soleil sur un Fitz Roy tout nu de nuages, il en est tout rose pour dix minutes! Le vent nous laisse avancer, pas trop vite quand même, il faut profiter du paysage. Il y a douze ans nous n’avions rien vu de ce massif alors pris dans la grisaille. Cette fois, nous en prenons plein les yeux! Et ça y’est nous arrivons à El Chalten. Nous avons réussi à faire ces derniers 90km ! Ceux qui vont vers le sud les parcourent en 3h, ceux qui vont vers le nord les font en 2 ou 3 jours… Il ne nous reste plus qu’à trouver une place dans un camping à l’abri du vent…

10. Île Navarino

10. Île Navarino

19 décembre. Ushuaïa. 5h du mat’. Le canal s’éveille et nous avec. Nous rejoignons Igor et son voilier. Il y a aussi sa sœur Olga, et sa compagne Adriana. Hop, hop, nous chargeons sacoches et vélos, sans bruit, pour ne pas réveiller les autres bateaux, et larguons les amars pour la traversée du canal de Beagle dans les lumières matinales. Le mer est d’huile. Igor envoie Célestin et Leila hisser le génois, mais le vent peine à gonfler la voile. C’est doux, c’est calme. Les enfants écoutent les histoires de ce frère et cette sœur nés sur le bateau, qui y ont passé toute leur enfance et aujourd’hui poursuit les navigations dans le grand sud pour l’un et se dédie à la peinture pour l’autre (Allez voir les œuvres d’Olga, on y retrouve toute l’atmosphère de ce grand sud : bely.olga). Célestin, malgré le mal de mer, se met à penser à la prochaine année de voyage que l’on passerait sur un bateau…

Puerto Williams en vue, le Mikalvi est toujours là! Derrière, apparaissent les Dents de Navarino que nous allons parcourir à pied. Formalités d’entrée en territoire chilien, passage chez Denis pour acheter une carte du coin (nous le reconnaissons, lui pas, normal), déclaration de notre départ en rando chez les carabineros, retour au bateau. Igor propose de garder nos vélos. Nous acceptons avec plaisir. Hop, hop, transfert du matos des sacoches dans les sac-a-dos, débarquement du tout, les enfants sont aux rames, et c’est parti pour le fameux tour des Dents de Navarino, la rando “la plus australe du monde” !

Objectif n1 : rejoindre le départ du sentier, par la piste. De là, ce sont entre 3 et 5 jours de rando “engagées” dixit les topos lus. Ce sont surtout les conditions météo qui peuvent rendre les choses difficiles, voire extrêmement difficiles, mais pour une fois, il semble que Zeus soit avec nous, alors on en profite! Nous dormons au départ du sentier.

J1. Nous prenons gentiment de l’altitude dans la forêt avant de rejoindre la crête dénudée du Cerro Bandera, la montagne du drapeau, qui flotte fièrement au vent… Célestin, un peu palot, traîne la patte, Leila avance comme un cabri. Pause pique-nique, un autre randonneur nous rattrape. Il vient fêter ici son anniversaire et ses dix années de trekking. Célestin calcule “moi aussi ça va bientôt faire dix ans que je randonne!”. Charcuterie et fromage aidant, il reprend du poile de la bête, entraîne tout le monde à flanc de montagne, descend dans le pierrier, rattrape le chilien, remonte dans le lit d’un petit torrent pour atteindre un col au-dessus d’un lac… gelé! Alors ça, on ne s’y attendait pas. Un peu de neige oui, mais un lac aussi gelé, pas vraiment. Derrière, au loin, les îles du Cap Horn. C’est beau, ça fait rêver, mais il ne faut pas traîner. Ce n’est pas ici que l’on va camper et il y a quelques névés à traverser. Les enfants chaussent leurs baskets à neige et c’est reparti, jusqu’à un lac où nous sommes censés trouver un endroit abrité du vent. Heureusement, ici les buissons sont plus hauts que dans la pampa, ça aide, car le vent fait même voler l’eau du lac !

Nous fêtons le solstice d’été en doudoune sous une nuit bien ensoleillée!

J2. Petit colu pour rejoindre un autre lac, ou plutôt des lacs. Certains naturels, d’autres artificiels, construits… par les castors! Ces animaux introduits ici il y a quelques dizaines d’années se sont multipliés et ont modifié le paysage à leur sauce. Ces grands bâtisseurs ont transformé les vallées en une succession de lacs en terrasses. C’est impressionnant. Le sentier en emprunte même les rives faites de branches et de terre.

Fin de journée. Nous arrivons au campement d’un petit groupe. Discussion avec la guide et un des porteurs. Le lendemain, la météo annoncée n’est pas top. Il nous reste un col à passer et surtout une descente bien raide dans un pierrier. Les enfants sont en forme, les journées sont longues, nous décidons de poursuivre. Le sentier se perd au millier des lacs de castors. La montée est douce, mais longue. Ça ne ressemble à rien de ce que laissaient imaginer les cartes : un immense plateau caillouteux, lunaire, pour arriver en haut du fameux pierrier. Et effectivement, c’est raide! Nous avons le choix : option neige ou option cailloux. Faute de ski, nous optons pour les cailloux. Les enfants chaussent leurs baskets renforcées et découvrent le ski sur pierrier. Ils adorent! Nous longeons le dernier lac en contrebas pour aller chercher un abri derrière les buissons.

J3. Descente finale. Nous nous enfonçons dans la forêt, sautons des torrents. Le sentier se perd entre les arbres, dans les broussailles, se referme, devient humide, très humide, franchement boueux. Flo, avec sa boussole intégrée, ne perd jamais le nord, malgré les arbres tombés et la sente qui a un peu trop tendance à finir au milieu des bartasses bien épaisses. Ouf, on sort enfin du bush! Face à la mer, et contre toute attente sous le soleil!

Pique-nique au bord de la piste. Trois porteurs arrivent. Les enfants rigolent : il y a celui qui se met en calbute pour profiter du soleil et celui qui se met tout habillé dans son duvet pour faire la sieste…au soleil! Belle image de la météo dans ces contrées.

Un pick-up arrive, nous montons dedans pour rejoindre Puerto Williams et s’éviter les huit kilomètres retour.

Le voilier n’a pas bougé. Nous récupérons sacoches et vélos, faisons la bascule rando>vélo, et partons pour un beau lieu de bivouac recommandé par Igor : une petite clairière à l’abri du vent, sans doute utilisée en son temps par les yaganes et leurs huttes.

23 décembre. Nous quittons l’île en ferry pour attaquer notre remontée vers le nord et rejoindre Punta Arenas. Arrivée prévu le lendemain, 24 décembre, à minuit. L’équipage est pressé. Le bateau largue les amars une heure plus tôt que prévu. Demi-tour, il manque deux passagers! Nous repartons. Ambiance sympathique sur ce ferry, seul moyen de rejoindre le continent par voie terrestre. Quelques touristes, comme nous, au milieu des locaux qui profitent de billets pas chers pour rejoindre le continent, la famille, ou encore des services de santé absents de l’île. Repas à la cantine, les plateaux vibrent fort sur les tables proches des moteurs. Chacun s’installe pour la nuit, profite des places libres pour s’étendre sur deux sièges au lieu de l’unique réservé. Le bateau passe au milieu des fjords, longe des glaciers qui tombent dans l’eau. Les albatros jouent du vent dans les lumières marines, phoques et dauphins s’amusent des vagues. Le capitaine met le plein régime, change un peu l’itinéraire habituel pour raccourcir le trajet. Nous entrons dans le détroit de Magellan. Les nuages sont toujours aussi beaux.

Punta Arenas, nous arrivons avec quatre heures d’avance. Le débarquement est efficace!

Nato, parti fêter noël en famille, nous a laissé les clefs de chez lui. C’est juste parfait. Le père noël connaît même l’adresse de notre résidence ponctuelle! Les enfants sont heureux de ce qu’ils trouvent au pied du sapin : une canne à pêche pour Célestin (depuis le temps qu’il en rêvait!), un béret de gaucho pour Leila (“le prochain voyage, sera à cheval!”, oups, c’était pas prévu ça !), et des dizaines de livres à mettre sur la liseuse (nous avons de vrais boulimiques de la lecture avec nous, désormais ils râlent quand les livres ne font que 150 pages!).

9. Terre de Feu

9. Terre de Feu

Dimanche 3 décembre. Départ pour Porvenir. Faux départ. Le ferry est complet. Nous commençons à nous installer dans le terminal vide tout passager. Séchage du linge devant les radiateurs, école sur les bancs, repérage de la pelouse pour planter la tente ce soir, quand Nato passe nous voir. Retour à la maison! Bonheur d’un dernier tour à la piscine. Humm, l’eau chaude.

Lundi 4 décembre. Vrai départ (nous avons nos billets cette fois!). Traversée du détroit de Magellan sous un ciel incroyable! Les nuages qui se forment sur les montagnes avant de venir sur la mer transforment le ciel en un tableau magnifique. Sur le bateau deux autres cyclos : Annie et Pascale, partie du Canada, ils sont en route pour Ushuaïa.

Nous posons les pieds en Terre de Feu, Il vente. De plus en plus fort. La côte est belle. Le vent nous aide sur ce ripio pas facile. Virage au nord. Aille ça se corse. J’essaie de protéger Leila des bourrasques, tout en essayant de ne pas me projeter sur elle. Pas facile. Ni pour l’une, ni pour l’autre. Le soir arrive. Le vent ne faiblit pas. Pas vraiment d’endroit où planter la tente ici, pas vraiment d’eau non plus. Nous sautons la barrière d’une estancia vide d’habitants. Flo va demander de l’eau au voisin. Un cochon pend à un crochet. Une dizaine de chiens lui sautent dessus. Le gars est entier. Comme cette terre. Il nous donne le peu d’eau qu’il lui reste de sa dernière virée à Porvenir. Après maintes tergiversations, nous décidons de nous mettre à l’abri contre un des murs de l’estancia. Si les proprios débarquent, nous leur expliquerons qu’il n’y avait pas vraiment le choix…

Nous nous réveillons. Soleil. Nous nous préparons. La pluie commence à tomber. Flo sort. Grand ciel bleu, mais de la neige au pied de la tente. Nous plions l’intérieur, il se remet à pluineger. Nous déjeunons sous la tente, grand bleu. C’est à ne rien y comprendre. Une chose est sûre, le vent, lui, est toujours là! Il ne nous quitte pas de la journée. Il est plutôt de dos et avec une moyenne de 70/80 km/h, on arrive à faire des pointes à 30 km/h sur le ripio sans pédaler! C’est cool! Mais fatigant et on ne quitte pas les doudounes de la journée.

Après 110 km de piste, ça y’est nous rejoignons l’asphalte ! Enfin le refuge du carrefour. Un abri construit sous le gouvernement Bachelet. A l’origine, il y avait tables, bancs, étage où dormir à deux (ou quatre un peu serre), toilettes sèches et même un poêle! Aujourd’hui, la plupart de ces refuges ont été vandalisés, certains sont inutilisables, d’autres continuent d’accueillir les cyclos en manque d’abri protégé du vent. C’est notre cas ce soir. On en profite pour éduquer les automobilistes qui viennent se soulager à l’abri du vent contre le mur du refuge…

Mardi 6 décembre. Aujourd’hui nous avons décidé d’aller voir les pingouins, enfin les manchots. “Petit” aller-retour de 15 km sur piste. Facile, si il n’y avait pas ce bbrrr de vent ! Du coup, on se lève tôt car on sait que ce ne sera pas facile justement, et ça ne l’est pas. Vent de face, de côté. Leila chute plusieurs fois. Elle maudit le vent (et sans doute aussi ses parents…). Nous finissons par arriver en avance pour la visite et nous nous abritons derrière la porte fermée (le proprio du terrain sur lequel se sont installés les manchots a clôturé les lieux pour protéger les bestiaux et organise des visites guidées d’une heure top chrono). La porte s’ouvre, lavage des semelles pour ne pas contaminer les lieux… Et ça y’est nous voyons ces fameux pinguinos. Ils sont beaux ! Normal ce sont des rois. Ils ressemblent aux empereurs, mais contrairement à leurs cousins, ils ne vivent pas en Antarctique. Les ados sont en pleine mue. Ils se font rabrouer par les adultes quand ils essayent d’intégrer les groupes de paroles. Un petit groupe part à la pêche, cahin-caha, vers la plage. Ça vente, ça caille. Nous nous demandons quand même ce qu’ils fichent là! Mais nous, nous sommes bien contents d’avoir réussi à venir jusqu’ici pour les voir !

Retour avec le vent, un poil plus aidant, mais ce n’est pas non plus la fête. Nouvelles chutes sous le regard des guanacos. Ouf, retour au refuge et … arrivée sur le goudron!

Cap à l’est, vent de dos ! Ça file comme jamais ! Pas de trafic (nous apprendrons plus tard qu’à cause du vent, les ferrys n’ont pas pu faire les traversées pour la Terre de Feu ce jour-là), les guanacos broutent tranquilles sous le soleil, la pampa se pare de magnifiques couleurs. Nous faisons du 35km/h sur le plat sans donner un coup de pédale ! Le rêve!! Pause goûter tardive dans un nouveau refuge, seul abri possible avant la frontière à 30 km. On reste? On continue? Deux cyclos arrivent, Paul le polonais et Brice le breton, ils arrivent de Provenir, partis à 11h30 ce matin, nous en sommes à notre troisième jours… C’est décidé, on continue! C’est magique. Les enfants se prennent pour des supers héros avec leurs VEE, vélos à énergie éolienne ! C’est trop coooool le vélo!

Arrivée au poste frontalier argentin. Le gendarme : “l’hosteria c’est par ici, la salle d’attente, gratuite, chauffée avec cuisinière et douche chaude c’est par là, vous pouvez laisser vos vélos dehors, on est là toute la nuit”, “Et pour les papiers?” “ha oui, c’est par ici”. 10 ans après, les souvenirs reviennent. Déjà à l’époque la douche des filles ne fonctionnait pas, celle des gars fermait mal. Le bonheur d’avoir un endroit au chaud après tant de froid est toujours le même. Célestin nous dit : “ce matin je m’imaginais un camion vide pour transporter les brebis. Hop, on met les vélos dedans, contre les bottes de paille. Il nous emmène aux manchots et on revient au carrefour avec. Sauf que ça c’est pas passé comme prévu.” Et non, nous avons fait près de 90 km, dont 30 km de ripio abominable et 60 km de pure bonheur !

Fou rire en voyant des prises au plafond de la salle d’attente : “Comment ils font pour recharger leur téléphone ? Ils sautent? Ils appellent les pompiers?”

Le lendemain, le vent aide toujours et la circulation est toujours aussi faible. Nous pouvons nous amuser, discuter côte à côte, faire des travellings sans les mains, regarder les puits de pétrole disséminés dans la pampa, les gazoducs qui la traversent. Puis on arrive dans la ville, la grande, Rio Grande. C’est la fête de l’illumination de l’arbre, avec jeux, concerts, churros. Les enfants sont perdus ! Trop de contraste avec les derniers jours. L’arbre en question est celui de noël. Un sapin. Comme il n’y en a pas ici, chaque ville et chaque village en fabrique un avec des guirlandes accrochées à un poteau central. D’où l’illumination de l’arbre. Nous en voyons aussi en bouteilles, pneus, planches, etc. Et alors que nous sommes censés être en plein été, il y a des bonnets rouges et des bonhommes de neige un peu partout. Vive la mondialisation !

Mais ce soir nous ne restons pas. L’illumination se fait à la tombée de la nuit, et la nuit elle tombe bien trop tard sous ces latitudes. Nous filons chez Jose, notre hôte ici. Nous n’avions pas bien compris, mais Jose habite chez sa compagne et laisse sa petite maison aux cyclos de passage. Et des cyclos, il y en a un paquet qui passent par ici ! Certains ont même tendance à rester un peu plus que de raisons, sans forcément s’occuper de la maison… Les enfants découvrent l’ambiance “casa de ciclista”. Nous serons 11 le dernier soir autour de l’asado, à venir d’un peu partout : Espagne, Canada, Chili, Argentine, France. Il y a ceux qui vont au nord, ceux qui vont au sud.

Il est temps de reprendre la route, direction le sud pour nous. Vent de face. On ne peut pas toujours avoir de la chance. Virage, le vent tourne avec nous. “C’est l’arnaque” nous dit Leila. “En plus, ce matin, il faisait grand beau et maintenant c’est tout gris”. De fait, de magnifiques nuages couvrent la pampa et nous sommes contents de ne pas être en dessous! Il est vite l’heure de chercher un endroit où planter la tente à l’abri du vent. Premier stop pour demander de l’eau, un grand gaillard au fort accent russe remplit nos gourdes. Pas vraiment avenant le gars. Nous poursuivons notre route sans rien demander de plus. Bientôt une estancia. Nous y avions dormi il y a dix ans. Souvenir d’une très bonne soirée. Aujourd’hui, le proprio ne veut plus des cyclos. Mauvaises expériences? Abus? La faute aux applications et réseaux sociaux qui référencent les lieux de bivouacs, mais aussi les lieux de rencontre qui devraient rester propre à chacun? En tout cas, son père est désolé de ne pouvoir nous aider, le jeune stagiaire aussi, et nous, nous sommes désolés de la tournure que prennent les voyages. Nous continuons. Le soleil se couche après 23h. Les journées peuvent s’étendre sans danger, mais pas sans fatigue. Ça commence à tirer et toujours pas un arbre ou une bosse derrière laquelle s’abriter. Enfin un semblant de forêt. Un camping, fermé, cadenassé. Une dame arrive. Le camping est fermé, oui, mais pas pour les cyclos chahutés par le vent, ouf! Elle cherche avec nous le meilleur endroit pour planter la tente, puis finit par nous proposer un cabanon et allume le poêle d’une cuisine extérieure. Toutes les mains s’y réchauffent. Un couple d’amis sort. “Mais je vous connais! Je vous ai vu sur Instagram!”,”Quelle notoriété!” Une vidéo réalisée par la gérante d’un camping au nord de Concepcion a fait le tour du Chili et s’en est même allée du côté de l’Argentine, du Brésil et de l’Uruguay. Pour toutes ces personnes qui demandaient comment nous suivre, nous avons créé un compte Instagram (Terre_de_paysages). Nous avouons ne pas être encore au top, plus à l’aise sur nos vélos que sur les réseaux…

Leila nous le fait remarquer : “Nous ne sommes plus dans la pampa, il y a des arbres!”. Les paysages changent en atteignant le sud de la Terre de Feu, plus boisés, plus montagneux, des lacs. Les journées sont plus grises aussi, un peu longuettes parfois. Des portes s’ouvrent. Celle de la boulangerie de Tolhuin qui accueillent depuis très longtemps les cyclos dans sa réserve au sous-sol, celle de la protection civile, grand sourire, qui met les enfants au chaud. “Trop chaud” d’après Célestin. “Ils mettent le chauffage à fond et ouvrent les fenêtres!!”. Dix ans plus tard, nous n’arrivons toujours pas à nous faire aux brûleurs de gazinières qui restent allumés sans casserole dessus. Par réflexe, nous continuons de les fermer…

Dernier col avant Ushuaïa. Giboulée de neige au sommet! Petite pluie dans la descente. Refuge sous les devantures des bâtiments fermes de la station de ski. Nous errons parmi les ouvriers qui s’occupent de la maintenance, construisent nouveaux hôtels et cabanas de luxe. Un renard de Patagonie nous regarde planter la tente sur les pelouses grasses de l’école de ski. 22h30, il fait encore jour. Difficile de se coucher tôt et de garder un rythme “normal”. Il fait froid comme en hiver, mais jour comme en été, drôle de noël en perspective!

Ushuaïa! Ça y’est nous y sommes! Nous n’avions pas prévu de venir jusqu’ici et nous sommes contents d’y être arrivés! Fin del mundo. A la fois si loin, et si proche. C’est la première fois depuis quatre mois que nous reconnaissons aussi bien les lieux. L’atmosphère, la sensation d’arriver au bout du monde sans pour autant que ce soit la fin. Nous ne pouvons nous empêcher d’aller sur les pontons voir s’il y a possibilité de continuer plus au sud….

Canal de Beagle. Zone de friction entre l’Argentine et le Chili. Il y a une douzaine d’années, un ferry avait été mis en place pour relier Ushuaïa, argentine, et l’île Navarino, chilienne. Depuis le covid, il ne fonctionne plus. Les autorités chiliennes ne veulent plus non plus des traversées commerciales en petite lancha. Restent les traversées officieuses, ou la chance de rencontrer un équipage prêt à nous emmener. Flo y croit, et il a raison! La chance nous sourit : Igor accepte de nous embarquer! Nous avons quelques jours pour nous reposer, fêter un anniversaire (Nous avions fêté ici les 30 ans d’Aurélie, nous y fêtons cette fois les 44 de Flo, aux enfants d’écrire la suite s’ ils le souhaitent…), et visiter le musée de la prison d’Ushuaïa.

Muséographie particulière : chaque petite cellule constitue une petite salle. Et des petites cellules, il y en a beaucoup. Il était un temps ou les prisons servent à coloniser les territoires où personne n’avait vraiment envie de s’installer. Ces cellules racontent tout ça, les expéditions navales, la flore, la faune, la création de la ville, son développement, les natifs, ces peuplent “qui n’ont pas su se faire à la culture des colons”. Une frise chronologique numérique se termine sur une photo de partie de chasse, la légende précise “Chasseurs de natifs”. Point. Il m’a fallu un temps pour réaliser ce que j’avais sous les yeux. Une histoire qui se termine sur une chasse aux populations locales sans aucune remise en question. A Bariloche, le musée de la ville, si il n’avait pas encore revu ses expositions, interpellait le visiteur par des pancartes sur cette façon de construire l’histoire : “Peux-t-on résumer un peuple à ses outils ? » ; « Colonisation : premier génocide sud-américain » ; « Pourquoi les femmes sont-elles absentes de cette salle? » ; « Non, ces terres n’étaient pas des déserts.” Ici, rien. Les salésiens se montrent en médiateurs entre des colons qui ne comprennent rien aux populations locales et des populations locales trop heureuses de pouvoir chasser des moutons parqués. Envie de coup de gueule. Envie de crier, de pleurer. Stop. D’une colonisation à l’autre, rien ne change. D’une guerre à l’autre, tout est pareil. Ici, la-bas, pourquoi ce besoin d’écraser l’autre, le faire disparaître, puis parler de désert. Il n’y avait rien avant, nous avons tout fait. Mensonge. Je ne peux plus voir ces photos figées, coupe au bol, ces habits porteurs de mort. Mal. Culpabilité. Ces colons, européens, c’est moi, c’est nous.

8. Patagonie du sud

8. Patagonie du sud

Puerto Natales. Nous laissons passer le gros coup de vent et partons sous une petite pluie, grise. Ça caille! La pluie cesse. Le vent forcit. Nous l’avons de dos puis de côté. Les enfants apprennent à pédaler penchés. [Petit exercice : les cyclistes vont vers le sud, ils penchent sur leur droite. D’où vient le vent ?] Les paysages s’ouvrent, montagnes enneigées en toile de fond. Véritable bouffée d’oxygène. Le soir nous cherchons un endroit à l’abri du vent, pas évident dans cette pampa bordée de barbelés. Nous allons toquer à la porte d’une estancia pour demander à dormir à l’abri des arbres. Les travailleurs nous donnent de l’eau et nous laissent profiter d’une belle pelouse au bord de la lagune. Le lendemain le dueño arrive. Il nous ouvre la porte des toilettes, mais surtout nous parle d’une route plus au sud, celle qui doit rejoindre Yendegaia. Yendegaia, fjord côté chilien du sud de la Terre de Feu, au bord du canal Beagle, au pied de la cordillère Darwin, à quelques kilomètres d’Ushuaïa. Estancia uniquement accessible par bateau. Aujourd’hui. Car depuis longtemps il y a un projet de route pour la relier au reste du Chili. A priori, la piste ne s’arrêterait désormais qu’à 50km du lieu et nous savons que sur demande un ferry peut s’y arrêter pour embarquer des passagers. Alors nous nous mettons à rêver… Imaginer un sentier pour rejoindre ce bout du monde dont nous avions eu connaissance il y a 10 ans. Il y en a forcément un ! Ne serait-ce que pour étudier le tracé de la route…

Le vent de côté forcit. Les cyclos penchent dangereusement. Les abribus à l’architecture si caractéristique sont les bienvenus pour s’abriter d’une averse, pour s’abriter du vent. Les paysages sont grands ouverts. Lignes droites dans la plaine. Sentiment de liberté. Respirer. Enfin. Voyager à vélo prend tout son sens ici. Avoir le sentiment d’aller jusqu’où nous porte le regard. Les automobilistes trouvent le paysage monotone. Nous y voyons couleurs, estancias au loin, des milliers de brebis et leurs petits, mais aussi guanacos, nandous, flamands roses, oies sauvages, lièvres à grandes oreilles et même tatous et mouffettes !
Nuit chez les carabineros, les gendarmes. Ils nous ouvrent une maison non-utilisée. Faveur pour les enfants. Parce que d’habitude les cyclos campent de l’autre côté de la route. Serait-on devenu trop nombreux à chercher où camper ?
Tehuelche. Petite pause. Des deux roues arrivent. C’est Diego et son pote Théo ! Diego, cyclo belge avec qui nous avions passé une soirée bien plus au nord, à la sortie du parc Conguillio. Haha ! Nous l’avons doublé! Ok, nous avons pris un ferry sur plus de 2.000km… C’est rigolo de le revoir. Ils sont à fond, ont quitté Puerto Natales le matin à 11h et projettent de rejoindre Punta Arenas le soir même ! Il nous faudra 4 jours ! Après les 400g de pâtes par repas, le coup du pick-up et les distances parcourues aujourd’hui, Diego devient définitivement notre héros familial ! Célestin projette de l’inscrire aux grandes courses Transcontinentales. Le Tour de France étant évidemment trop petit.

Nous croisons des dizaines de camping-car de voyageurs. Si ils sont de formats très variés, du pick-up avec module aux gros camions 4×4, tous arborent le même autocollant. Est-ce une caravane des temps moderne ? Une arrivée de cargo ?

Punta Arenas. Petite averse de neige humide avant d’entrer en ville. Nous passons au musée naval. Reproduction des bateaux emblématiques de la région : celui de Magellan, de Fitz Roy, etc. Les enfants se prennent pour des conquistadors. Il y a également la chaloupe avec laquelle Shackleton a réussi à rejoindre la Géorgie du Sud depuis la péninsule Antarctique après que son navire, L’Endurance, se soit fait prendre et détruire par les glaces. Voir la taille de l’embarcation aux vues de la traversée effectuée est juste incroyable !

Nous reprenons humblement nos petits vélos pour rejoindre un lieu au combien plus confortable : Nato nous attend et nous montre deux chambres avec lits et couettes. Les enfants sont aux anges ! Il y a même une douche chaude (ça, ils s’en fichent, sur le coup en tout cas) et un truc de fou : une piscine chauffée au rez-de-chaussée de l’immeuble. Alors là c’est le paradis, la fête intégrale!! Nato sort des saumons de son congélo, nous sortons nos courgettes et notre riz pour accompagner. Il travaille dans une ferme à saumons. et nous précise qu’il ne mange pas le saumon de cette nouvelle ferme pour laquelle il travaille : trop d’antibiotiques donnés aux bêtes. Après le repas, il nous explique l’élevage : naissance des saumons dans les lacs, puis transport des bestiaux par camions et bateaux jusqu’aux fjords où ils grandiront par milliers dans des cages. A priori ils arrivent à nager… Quand ils atteignent la taille souhaitée, c’est l’heure de la cueillette : aspiration des saumons à l’aide de gros tuyaux. Ça fait beaucoup moins rêver tout d’un coup… Si à cela on ajoute le fait que les saumons et truites introduits ont pratiquement exterminé tous les autres poissons de rivière, nous nous sentons très proches des peintures murales disant “No a la salmonera”, “Aguas libres”. Mais Nato est lui, très généreux, et nous apprécions sincèrement tous les moments passés ensemble.

7. Du Paso Samore à Puerto Natales

7. Du Paso Samore à Puerto Natales

Retour au Chili, retour à la pluie. Fatigue de ce gris, de cette humidité. Nous arrivons à rester sec, mais à l’intérieur nous commençons à prendre l’eau. Fuites de toute part. Mais quelle idée de voyager à vélo ! Quelle idée d’être ici, là , maintenant ! Heureusement, Célestin et Leïla gardent le morale pour quatre, s’émerveillent du plus grand toboggan du monde, adorent l’atelier pain avec Liliarosa (et sont ravis de l’absence de douches!), se dessinent des ordinateurs tout inclus : météo, GPS, bibliothèque numérique, films, envois de message, boutique pour commander des vêtements et de la nourriture, cartes et même appel vidéo pour discuter entre eux !

Nous traversons des paysages de cartes postales, entre lacs et volcans. Les affiches sont là pour nous le rappeler, car des courbes parfaites du volcan Osorno, nous ne verrons que les pieds.

Puerto Varas. Il pleut. Soleil. Arc-en-ciel. Trombes d’eau. Très bonne boulangerie. S’attacher aux petits riens qui font tout. Retrouvaille avec Simon et Ronya. Célestin est heureux. Revoir les gens que nous croisons sur la route, savoir où ils sont, deviennent des repères importants. En plus « c’est bien pour les adultes de retrouver des copains avec qui discuter ! »

Puerto Montt. Il pleut. Soleil. Arc-en-ciel. Trombes d’eau. Le plus grand des parcs pour enfants encore jamais vu ! Prendre le temps de ces grands tout, qui parsèment le voyage de petits bonheurs.

Petit tour au port de pêche. Quelques lions de mer font les poubelles au milieu des restaurants. Les mâles se jettent dans les containers, tandis que les femelles préfèrent, elles, rester à l’eau…

Puerto Montt. Point de départ pour des mini-vacances sans vélo. « Petite croisière » de trois jours à  travers les canaux de Patagonie pour rejoindre Puerto Natales à quelques 2.000 kilomètres plus au sud. Nous rencontrons nos compagnons de route pour les jours à venir. Des voyageurs venus d’un peu partout, mais surtout pas mal de francophones. Les enfants sont contents de pouvoir échanger facilement. Nous mettons plus de deux heures à lever l’ancre. Drôles de cris au sous-sol du bateau… Nous nous demandons combien de doigts, le marin chargé de la manœuvre, a perdu… La réponse est rassurante (ou pas…), l’ancre est mal fichue et à chaque fois c’est la même galère au moment du départ. De quoi en perdre la voix !

De vraies vacances : pas de courses à faire, pas de repas à préparer, de vélos à entretenir. Il y a même des séances de yoga et la projection d’un documentaire sur les baleines ! Mais il y a surtout des paysages incroyables, entre continent et îles inhabitées. Plus nous descendons en latitude, plus la neige descend en altitude. Ce n’est pas pour nous rassurer, mais c’est beau vu du bateau ! Nous apercevons des souffles de baleines au loin, des dauphins de Patagonie viennent s’amuser sous l’étrave du bateau, des lions de mer glissent sur l’eau. Les enfants ne veulent plus descendre. Célestin se voit bien passer toute sa vie ici, sur le bateau, au milieu de ces paysages « si beaux ».

Arrivée magique à Puerto Natales. Le paysage s’ouvre sur la baie, les montagnes enneigées, un grand village coloré . Nous sentons la pampa toute proche. Et le soleil, le soleil !!! Mamamia, que c’est bon !!!

Dans la rue : « You are amazing guys !! » Une texane nous interpelle, à l’américaine, chaleureusement et sans retenue ! Les enfants la regardent complètement éberlués. Ni une, ni deux, ils se retrouvent avec une glace dans la main ! Célestin : « Alors ça alors ! T’arrives, y’a une femme qui te saute dessus les bras grands ouverts. Elle te dit que tu es son rêve. Elle t’invite à manger une glace. Elle paye. Tu choisis ton parfum et hop elle a disparu ! Quand est-ce qu’on va aux États-Unis ?!? »

6. Petit tour en Argentine

6. Petit tour en Argentine

21 octobre. Premier jour en Argentine. Anniversaire de Leïla. Nous lui avons promis des thermes pour son anniversaire. Sauvages cette fois. Bon, il va falloir grimper sur une piste de ripio. Ça va pas être facile, mais ça vaut le coup. Motivés à bloc, nous attaquons la côte en pleine chaleur de l’après-midi (oui ça existe!!) et paf : une barrière. La piste est fermée. Flo va se renseigner à la ferme que nous venons de passer. Oui, il y a une barrière, mais ça passe, pas de problème. Une voiture arrive. C’est un garde. Non, ça ne passe pas. Il y a des travaux, des arbres qui peuvent tomber, des études de la faune et de la flore. Nous ne savons pas trop qui des ouvriers ou des animaux il ne faut pas déranger, mais en résumé, ça ne passe pas. Pour nous changer les idées, il nous indique un camping au bord du lac et la balade à la cascade. Célestin lui en veut à mort ! Il en fera des caricatures pour exorciser son mécontentement ! A la fin de la journée, les enfants concluent que c’était tout de même un anniversaire de luxe : le camping au bord du lac (rien d’autre qu’un grand champ, mais dans un petit écrin), le repas demandé par Leïla (purée mousseline et gâteau, facile), des bougies (jusqu’au dernier moment, elle a cru que ses parents aller une nouvelle fois botter en touche en arguant que « désolé, mais tu sais c’est compliqué, on fera mieux l’année prochaine… « ) et même des cadeaux. Alors là « les parents, ils ont complètement craqué, un « immense » cerf-volant et deux doudous ! « . Et nous avons même réussi à capter un bout de réseaux chilien pour recevoir la vidéo du pote Félix. Le comble du bonheur !

Nous sommes bien ici. État des lieux des réserves, c’est bon nous pouvons rester une journée de plus. Les moutons nous rendent visite le matin, une vache et son veau assistent à la leçon du jour (car oui, ne l’oublions pas, nous suivons – tentons de suivre – le programme scolaire). Petite douche avec l’eau de la rivière réchauffée au soleil. Célestin part aux toilettes de l’autre côté de la petite plaine. 5 minutes, 10 minutes, 20 minutes, personne. Ça commence à faire long pour sa séance de méditation quotidienne. Flo va voir ce qu’il se passe. Célestin n’ose pas sortir de l’algeco, des oiseaux lui crient dessus. Flo se fait attaquer à son tour par une dizaine de volatiles. Il court se réfugier avec Célestin. A deux, ils reprennent courage. Sortir, traverser la plaine en courant, se protéger la tête avec les mains. Ouf, ils sont passés! Ça fait un moment que ces oiseaux nous cassent les oreilles au bord de la route. On leur trouvait bien un regard fourbe, mais jusqu’à maintenant ils ne nous avaient pas attaqué. Désormais, nous allons nous méfier, il paraît qu’ils ont même des griffes à la pliures des ailes, soit disant pour protéger leur nid…

Il nous faut quitter notre petit coin de paradis. Reprendre la route. Rejoindre les épiceries de San Martin de los Andes. C’est plus facile qu’au Chili. Les pentes sont moins raides. Les adultes ont enfin l’impression d’avancer. Les enfants trouvent ça ennuyant. Ils en ont marre, marre, marre. Leïla a mal aux mains. Célestin râle, même s’il avance très bien. Quand nous nous arrêtons le soir, toute fatigue apparente disparaît et il faut les appeler à plusieurs reprises pour qu’ils quittent leur chantier du jour et viennent manger !

A San Martin, nous faisons enfin la connaissance de Marion, Gabriel, Youlah et Polyme. Comme nous, ils sont partis de Santiago pour un an de vélo en Amérique du sud. Cela fait plusieurs semaines que nous entendons parler d’eux, que l’on suit plus ou moins la même route, que l’on se dépasse, se rattrape, sans jamais être au même endroit au même moment. Mais ça y’est on peut enfin se raconter nos histoires de cyclos autour d’une glace et d’un bon plat de pâtes !

Nous partons sur la route des 7 lacs, version argentine cette fois. Bien plus connue. La pente est douce. Nous avalons les 5oo mètres de dénivelé goudronné. Leïla de s’exclamer « c’est ça la grande cote, mais c’est rien du tout !! « . Nous passons de lacs en lacs. Les montagnes enneigées nous dominent. Le ciel se couvre, le froid arrive… Lever tôt ce deuxième jour afin d’éviter au maximum les 70km/h de vent de face et la pluie sur les 50km qu’il nous reste pour rejoindre Villa la Angustura. Objectif n°1 réussi : plier la tente au sec. Objectif n°2 : abandonné au bout d’une demi-heure. La pluie se fait de plus en plus présente. J’enfile vite mon pantalon de pluie. Les enfants ont été équipés dès le lever. Les chaussures sont vite trempées, les gants également. Le froid se faufile partout. Dans les descentes, nous regrettons les côtes. Pause pour se réchauffer. Courir, ne pas s’arrêter. Pas d’abri. Rester en mouvement. C’est dur. Ça craque. Ça avance. Patator. Un renard gris nous regarde. Pas de pique-nique avant la ville. Pas un membre de l’équipe n’a envie de s’arrêter dans ces conditions. Des téléphones nous filment. Extraterrestres pas vraiment amphibies. Garder l’énergie, le morale, pour un, deux, trois, quatre. On court, on pédale. Même dans les descentes. Ça fait circuler le sang (t’y crois vraiment à ces bobards !?!). [A noter dans la liste des choses à faire : récupérer des textes de chansons et les apprendre pour se donner du courage, Hissez les voiles !]. Dernière descente sur la ville. Les patins sont à bout. Les freins ne répondent plus. Il faut tirer sur le câble [A noter : apprendre à faire du vélo sans les mains (sur le guidon)]. Ouf, ça y’est c’est plat. Tournée des auberges, tout est complet. Il pleut toujours. Errance au milieu des chocolateries et location de ski et vtt. Appart’hôtel? On prend ! Objectif n°3 atteint : arrivée avant midi, enfin avant le repas de midi, et avant la tempête, la vraie. Les enfants ont vite retrouvé la forme avec les degrés. Ils sont prêts à repartir pour 50 nouveaux kilomètres avant le soir ! Mais non, nous nous octroyons un ou deux jours de pause pour organiser nos petites vacances : des vacances sans vélos à la recherche du soleil, une escapade du côté de l’Atlantique pour aller voir les baleines et faire de la rando dans les alentours de Bariloche.

Dimanche, réveil sous la neige ! Rejoindre la gare routière avec dix centimètres de neige humide devient épique. Nos vélos ne sont pas vraiment faits pour ça. Eux aussi avaient pris l’option maillots de bain ! Le col frontalier Samore est fermé. Les chiliens venus passer le week-end en Argentine sont bloqués ici. C’est la ruée vers les hébergements. A peine sommes-nous sortis du nôtre qu’une famille prend notre place. Demi-tour impossible. Heureusement la jeune femme de la gare routiere ne prend pas peur en nous voyant arriver. Elle nous accueille à bras ouverts et gardera nos vélos aussi longtemps que durera notre escapade. Elle rigole même en voyant la flaque s’agrandir sous nos bécanes. Nous filons à Bariloche où nous passons la nuit au Cinerama. Ombres et lumières, les enfants se prennent pour des réalisateurs avec les lampes de chevet.

Nous avons une journée avant de prendre le bus de nuit pour rejoindre la côte atlantique. Sur le toit de la maison du parc une banderole nous interpelle “Les gardes-parc ne sont pas responsables des intemperies”. Quelques heures plus tard, l’explication nous sera donnée par des gardes en grève. Il y a quelques années deux jeunes ont campé ou se sont baladés un jour de tempête. Une branche leur est tombé dessus. Accident malheureux. Famille, Etat, assurances, les premiers ont finalement reconnus que le parc ne pouvait être tenu pour responsable. Les derniers sans doute pas. En tout cas, un troisième procès doit se tenir pour décider de la responsabilité des gardes en charge du secteur…

Fin d’après-midi, nous prenons le bus. Quinze heures pour traverser le pays d’ouest en est. La pampa enneigée est magnifique sous les lumières du soir.

Puerto Madryn. L’océan. Grand soleil. Nous ne sortons pas les maillots de bain, mais tout ceci nous réchauffe bien. Péninsule Valdez. Un lieu qui nous a longtemps fait rêver. On nous l’a souvent décrit comme le paradis des animaux marins. Leila a laissé son doudou-baleine dans son lit à la maison. Nous l’emmenons voir des vraies. Nous voyons les premières depuis la plage puis nous embarquons pour aller les voir de plus près. Touristes parmi les touristes, ça reste magique. Ballet de cétacés, pas de deux, sauts et frappes de la nageoire en rythme. Nos petits d’hommes ont les yeux écarquillés, les parents ne sont pas en reste ! Sur la plage règnent les lions de mer. Ils ont gros, ont l’air patauds, et pourtant quelle agilité quand il s’agit de sortir de l’eau et grimper les rochers. Les mâles sont moins gracieux lorsqu’ils se laissent tomber au milieu des femelles. Pousse-toi de la que je m’y mette. On irait bien leur tirer les moustaches à ces machos à crinières ! A quelques kilomètres ce sont les éléphants de mer qui prennent un bain de soleil. Alors eux, ils ont vraiment une sale tête et avec leurs toutes petites pattes avant ils ont pas l’air bien dégourdis. D’ailleurs c’est à peine si ils bougent un orteil quand la marée monte. Il y a aussi quelques manchots de magellan. Ils semblent un peu perdus. Est-ce que les autres ne sont pas arrivés ? Déjà repartis ? On dirait presque des automates posés devant les panneaux. Dans la lumière du soir, une ile, l’ile aux oiseaux, sa forme aurait inspiré à Saint-Exupery son dessin du chapeau-éléphant dans Le Petit Prince.

Retour à Bariloche. Enfin nous voyons les montagnes autour du lac. Pas mal la vue depuis le skate-parc et le pump-track !

Nous partons en balade avec Eugenia et Liliana. Jolie entrée dans le massif. Au retour de rando, Liliana nous fait goûter le maté. Même sucré ça reste trop amer pour les enfants qui ne peuvent s’empêcher de faire la grimace. Le mari de Liliana est géologue, il nous sort une toute petite partie de sa collection : feuilles, arbres et graines fossilisées, pointes de flèches et de lances, boules de chasse, outils pour tanner, etc. Les enfants courts dehors tailler les cailloux !

Le lendemain, on écoute la météo et… on monte au bistrot ! Direction le refuge Frey. Au bout de quelques kilomètres, Célestin nous demande “Lequel de vous deux a eu l’idée de se balader sous la pluie ??”. Allez mon gars, en haut il y aura de la neige. Et de fait, arrivée au col et au lac, dans la neige et le vent. C’est chouette cette ambiance de presque haute montagne, ces roches qui nous surplombent, mais des aiguilles nous n’en verrons que la base…

Retour en bus à Villa la Angostura. Les vélos n’ont pas bougé. Le temps de vider les sacs à dos dans les sacoches et c’est parti pour les courses. Une famille de cyclos déjeune : deux tandem-pinos avec enfants de 5 et 9 ans. Ils viennent de Grande-Bretagne, sont partis de Santiago et vont vers le sud. Tiens, tiens.

Superbe journée pour reprendre les vélos direction le col et passage frontalier Samore. Nous découvrons tout ce que nous n’avons pas vu à l’aller : lacs, montagnes, rivières. Leila : “Il reste 20km, facile c’est juste 10+10 !”. Les enfants partent devant. Vont-ils nous attendre au col ? Les paysages s’ouvrent. La forêt est brûlée, pétrifiée par les éruptions volcaniques du siècle dernier. Désert de cendre. Au col, des gens arrivent à ski de rando. Ils nous l’avouent, il ne reste plus beaucoup de neige. Ouf!

Retrouvaille au poste frontière. Tant du côté argentin que chilien, nous retrouvons les douanières du paso Huahum !

5. De Curacautín au paso Huahum

5. De Curacautín au paso Huahum

Tempête de neige sur les hauteurs. Non, nous n’irons pas faire de randonnée dans le parc Conguillio,  à moins d’y aller  à ski de rando. Manque de bol, ce sont les maillots de bain que nous avons dans les sacoches ! Alors, on attend un peu plus bas, à Curacautín, sous la pluie. Nos hôtes, Nadia et Braulio, nous montrent une de leur activité préférée : le vélo de descente sur les volcans. Nous découvrons la godille à vélo sur cendres ! Ils nous emmènent faire du bloc. Célestin se réconcilie avec l’escalade. Leila est toujours à l’aise sur un mur. Depuis, ils grimpent sur toutes les prises qu’ils rencontrent et lorgnent du côté de toutes les auberges équipées du moindre pan !
Le soleil sort, en selle ! Direction Conguillio. Nous ne traversons pas le parc en son centre : trop de neige. Nous le contournons par l’ouest. Le goudron devient piste, ripio. Le ripio devient de plus en plus raide. Tout le monde met pied à terre. Commentaires des deux jeunes assistants qui m’aident à pousser le vélo derrière moi :  » Maman elle est vraiment forte. Il est hyper lourd son vélo !  »  » Oui, mais c’est papa le plus fort. « , « D’accord, mais maman elle porte la nourriture, c’est beaucoup. », « C’est vrai. Ils sont forts pareil alors. « , « Enfin, papa il est quand même plus fort « , « Ouais, t’as raison, ils sont forts tous les deux, mais c’est quand même papa le plus fort. « , « Hum, si je dérange, vous me le dites ! « . A force de pousser, tirer, déraper, nous finissons par arriver au col. Car, si c’est difficile, les enfants râlent, si c’est trop difficile, ça les amuse ! Exclamation sur la plateau qui suit, au pied du volcan Llaima « On dirait l’Afrique ! « . Alors, petite révision géographique. Nous ne sommes pas en Afrique, mais bien en Amérique du sud. Pour votre gouverne, il y aussi de la neige en Afrique et ce que vous voyez ce ne sont pas des baobabs, mais des araucarias. C’est entre autres pour eux que nous sommes venus jusqu’ici. Ces très vieux arbres ont effectivement un port assez particulier à nos yeux et surtout, ils sont couverts d’écailles, empêchant quiconque d’y grimper. C’est pour cela qu’en Europe nous les surnommons « désespoir du singe ». Ici, ils ont les pieds dans la neige, et nous, ce sont les roues qui s’y enfoncent ! Versant sud du col, la neige est encore présente. Nous ne savons pas sur combien de mètres ou de kilomètres. Il se fait tard. Vaut-il mieux descendre dans la neige fondue, se mouiller les pieds sans espoir de les faire sécher, mais gagner quelques degrés, ou camper en haut et passer le lendemain quand la neige aura gelée ? On coupe la poire en deux : on commence la cession ski-roue quand très rapidement une prairie s’offre à nous. C’est décidé, nous nous arrêtons. Les étoiles sortent. Le ciel est dégagé. C’est magnifique ! C’est froid… A peine avons-nous planté la tente qu’elle givre instantanément !

Le lendemain soir, nous sommes rattrapés par Diego, cyclo belge. Il a fait dans la journée ce qui nous a pris deux jours. Les enfants sont impressionnés ! Il a prévu de rejoindre Pucón en un jour, alors que nous en prévoyons quatre… Bon, nous n’avons pas planifié la même route. Il doit prendre la plus courte, goudronnée, nous nous offrons la piste dans la montagne… Nous passons la soirée ensemble. Le matin, il repart avant nous. Nous le retrouvons l’après-midi au bord du lac Colico. Interrogation. Il avait finalement opté pour ce qu’il pensait être notre plan : un raccourci à travers la montagne. Mais pas du tout, ce que nous avons prévu c’est le loooonnnng détour par la vallée à l’est. Le raccourci qui apparaît sur certaine carte, nous avions bien vu que ce ne devait être qu’un sentier peu praticable a vélo ! Effectivement, il y a été, a tenté, a renoncé. Un pick-up passe à notre niveau. Il l’arrête et met son vélo dans le coffre, espérant toujours rejoindre Pucón le soir même. Les enfants sont estomaqués « C’est facile. T’arrête une voiture. Tu demandes et hop elle t’emmène ! Mais pourquoi on fait pas ça ???? « 
Colico. Les enfants sont supers motivés pour se baigner dans le lac. Ok, mais c’est aussi pour se laver. Ils mettent un orteil, deux, et décident que non, pas de baignade aujourd’hui et pas de douches non plus ! Trop froid. Allala, tout ça c’est affaire de technique les gars :
1. Se mouiller d’abord les jambes. Sortir de l’eau. Se savonner.
2. Mouiller le haut du corps. Sortir de l’eau. Se savonner.
3. Profiter de la minute ou le corps est anesthésié par le froid pour se mettre entièrement dans l’eau et se rincer.
4. Pour finir, sortir, se sécher et s’habiller chaudement avant que l’anesthésie prenne fin !
Ah, oui, et avant tout ça, trouver un endroit le plus possible à l’abri du vent et mettre ses affaires à l’abri de la pluie…

Réveil sous un ciel bien chargé. Nous voyons les averses arriver par l’ouest du lac. Le vent nous pousse vers l’est. C’est de bonne augure car c’est aussi plat au bord du lac qu’au bord de l’océan… La piste s’éloigne de l’eau pour contourner les résidences secondaires cossues, rejoindre des hameaux perdus. Deux écoles, une privée, une publique, mais où sont les habitants ??
A midi les vaches nous regardent faire une pause. Nous sommes « seulement » au bout du lac, alors que nous avons dû faire le dénivelé estimé pour la journée, les 600m pour atteindre le col. Il pleut. Le vent forci. Il fait froid. C’est reparti. On attaque la côte, la vraie. Cette fois ça monte direct, raide, pas de descente. Ça devient plus plat. Le col ? Non, ça monte toujours. Il fait de plus en plus froid. Nous nous rhabillons, mettons tout ce que nous avons quitté dans la montée. Un pull, deux pulls, doudoune, bonnet, gants. Une femme, derrière la vitre d’une cabane perdue, nous regarde passer. Nous sommes frigorifiés. Les mains, les pieds sont gelés. Très difficile à réchauffer. Ça craque. Ça pleure. Pause goûter. Tartine au miel. Ça réchauffe le cœur. Un peu. Mais pas le corps. Bouger, courir, garder le rythme, avoir de l’énergie pour quatre. Repartir. Ça y’est la rivière coule enfin dans l’autre sens. Nous avons changé de bassin versant. Descendre, gagner des degrés avant la nuit. Nous nous mettons à couvert sous les arbres. Les enfants ont retrouvé le sourire. Ouf! C’est parti pour une cession cabane en attendant le repas.
Le lendemain, petite balade dans la forêt aux sorcières. Les arbres ont encore leurs tenues hivernales, sans feuilles, mais sont couverts de lichen, les « barbas de viejo « . Puis nous descendons dans la vallée. Quelques belles côtes quand même, car comme dit Leila « Quand ça monte, ça monte, quand ça descend, ça monte encore ! « . Un gaucho inspecte ses clôtures à cheval. Une épicerie ambulante ravitaille les fermes perdues sur les hauteurs. Petit à petit la vallée se peuple. Ce bout du monde qui nous semblait un poil lugubre sous le ciel gris hier, nous apparaît bien plus rieur aujourd’hui. Les attelages de bœufs sont aux travaux dans les champs. Les enfants empruntent des passerelles suspendues pour rentrer de l’école. Deux cavaliers tirent un cochon en laisse. Nous posons la tente dans le gymnase du collège. Où sont nos enfants ? Dehors, assis cote a cote, absorbés dans la contemplation du ciel étoilé.

Il nous reste quelques kilomètres de ripio bien poussiéreux, puis pas mal de kilomètres de goudron avant de rejoindre le carrefour où nous devons retrouver Juliette, notre hôte dans les environs de Pucón. Après la pause de midi, il nous reste 40 km. On est motivé, on y croit. Petit arrêt au bout de 15 km. Un pick-up s’arrête à notre niveau. C’est Juliette ! Même pas besoin de faire du stop ! Hop, elle nous embarque et ma fois, nous ne sommes pas mécontents d’avoir un moteur sous les fesses… Le petit coin de paradis perdu dans la montagne ou elle habite avec Francisco et leurs enfants se mérite ! Pas certain que l’on aurait encore eu la force de faire tout ce dénivelé aujourd’hui. Pucón. Ville au pied du volcan Villarica, Volcan majestueux, un cône parfait comme on aime les dessiner. Il y a quelques semaines, nous n’étions pas certains de pouvoir venir ici. Villarica était en train de se réveiller, mettant la région en alerte. Les écoles ont fermées. Mais finalement pas d’ordre d’évacuation. Le volcan s’est rendormi. Aujourd’hui, il ne s’échappe qu’un peu de fumée de sa cheminée. Normal, on nous dit. Ça reste impressionnant à nos yeux de novices. Avec Juliette et sa famille, nous allons nous balader au pied du volcan Llamin. Forêt de nothofagus coiffés de lichens. Pas de pique-nique au bord du lac. L’eau est montée haut cette année, recouvrant les plages si joliment décrites. Ils nous emmènent jusqu’à la frontière argentine. Paysages lunaires peuplés d’araucarias préhistoriques. Au retour de rando, Villarica fume davantage que ces derniers jours. Ça nous impressionne, mais pas d’alerte en vue, nous rentrons tranquillement à la maison.
C’est reparti! Nous décidons de traverser le parc Villarica. Nous savons qu’il y a une belle côte, mais…on triche ! Juliette a proposé de nous monter sur une partie du trajet. Nous avons volontiers accepté ! A l’entrée du parc, le garde nous dit que la piste est fermée aux véhicules à cause de la neige, mais aussi parce que personne n’est aller vérifier si ça passait. Pour les vélos pas de problème et il nous ouvre la barrière. Derrière, nous attendent cinq kilomètres de piste bien raide, bien défoncée, avec des ornières impressionnantes (mais comment les véhicules font pour passer?). Il fait beau. Tout le monde a fait le plein d’énergie. Arrivés au col, nous profitons d’une vague de chaleur pour continuer à pied en direction du glacier. Grimpette dans les araucarias puis la forêt s’ouvre sur les montagnes et volcans enneigés. C’est magnifique ! Nous montons un peu plus haut pour retrouver Villarica et ses pets de fumée. Descente en ski-basket. Forcément, on a les pieds trempés. Célestin  » La balade c’était bien, la neige, c’était bien, mais maintenant j’ai les pieds congelés comme des saucisses !  » Nous plantons la tente sous les nothofagus. Est-ce dû à leur taille ? A leur grand âge ? Il se dégage de ces forêts une force apaisante. Nous sommes enveloppés par leur majesté. Les étoiles brillent au-dessus de la canopée. Il est l’heure de dormir. Bonne nuit les petits. Dans la descente, nous nous l’étions promis, arrêt aux thermes El Rincon. Des semaines que nous rêvons de ces eaux chaudes qui jaillissent un peu partout aux pieds des volcans. Mais celles-ci sont fermées, en travaux. Nous discutons avec les ouvriers et le patron avant de repartir quand tout à coup celui-ci nous dit « Allez, vous pouvez y aller. 45 minutes, pas plus. Après on s’en va. » Et nous voici à nous glisser nus dans l’eau chaude, au fond d’un petit vallon, au pied d’une cascade. Seuls au monde pour un moment de félicité. Hummmm. Routes des 7 lacs (chiliens). Dernier coup d’œil à Villarica. Petit pincement au cœur. C’est que l’on s’était habitué à sa présence. Il a été notre repère ces dernières semaines. Notre phare. Nous aimions ses pentes enneigées, sa petite fumée. Célestin se rassure « Quand on reviendra sur notre route vers le nord, on va bien le revoir ? » De lacs en lacs, de volcans en volcans, nous nous approchons de l’Argentine. Deux heures de ferry, dix petits kilomètres et ça y’est nous sommes à la frontière.
4. De Concepción à Curacaotín, du Pacifique aux Andes

4. De Concepción à Curacaotín, du Pacifique aux Andes

Concepción, Conce, ville rock, ville rebelle. Pour nous quelques belles soirées passées avec Léo, Nicolas, Ronya et Simon, à discuter histoire et politique, défense des cours d’eau et aménagement routier. Et vélo ! Léo est LA figure locale des défenseurs du vélo. A l’occasion de la journée sans voiture, il doit être interviewé et nous propose d’apporter notre grain de sel. Célestin est très fier de passer à la télé ! (locale ;)) Balade dans la ville aux murs couverts de peinture, certaines poétiques, d’autres très politiques. Après avoir réalisé « un guide » de survie avant le départ, Célestin, inspiré, s’attaque aux plans de la révolution !

Départ de Conce par une belle journée de printemps direction la gare pour nous faire gagner facilement quelques kilomètres vers le sud et les Andes. Nuit au bord de la rivière, et de la voie ferrée. Deux paires d’yeux nous épient dans le noir. Des trains de marchandises passent. Tout… Dou… Ce… Ment…

Le lendemain nous nous envolons sur l’autoroute du futur ! En réalité une 2×2 voies en construction. C’est dimanche, pas de travaux, nous profitons de longs tronçons goudronnés, mais pas encore ouverts aux voitures. Royal ! Même si ça semble un peu sur-dimensionné…

À Los Sauces, Víctor nous aborde. Il nous a entendu parler français et propose de nous inviter chez lui. Il a habité six ans en France, de 1979 à 1986. Parti chercher du travail, laissant femme et enfants au pays. Il a aimé se former à l’électricité, l’ambiance avec les camarades à l’usine. Puis il est rentré. Enfin. Il est parti travailler dans les mines, au nord. Trois semaines là-bas, une semaine chez lui. Les mines à plus de 4.000 mètres d’altitude. Le campement entre 2.500m et 3.000m. Avion et bus affrétés spécialement par les compagnies pour faire venir des travailleurs de tout le pays. Là aussi la camaraderie fait tenir. Victor chante aussi. Des chansons d’amour. En espagnol et en français. Aujourd’hui, Victor est seul. Sa femme l’a quitté. Il est un peu triste. Se demande à quoi bon toute cette vie à travailler loin de chez lui. Hier c’était son anniversaire. Il partage avec nous ce qu’il reste du gâteau. Nous partageons avec lui nos pâtes à la carotte, puis il allume le micro…

Le lendemain, une longue ligne droite nous attend. Et comme toutes les lignes droites, elle n’épouse pas les courbes des collines, mais leur passe dessus, sans ménager les cyclistes ! Beaucoup de forêts, de pneus, de maisons et de cabanes brûlés sur le bord de la route. Nous croisons tank et camion amphibie militaire. L’après-midi nous passons devant l’entrée d’une piste gardée par des militaires masqués. Nous sommes en Araucanie. Dernier des territoires mapuche à avoir rendu les armes face au jeune état chilien. Car, non les Amériques n’étaient pas des déserts à l’arrivée des conquistadors, pas plus qu’elles ne l’étaient quand on a commencé à distribuer des terres aux colons. Aujourd’hui, les mapuches réclament ces terres qui leur ont été volées. Dans les arbres, au bord des champs, des forêts, à l’entrée des pistes, nous pouvons lire « Libertad P.M.M. Recuperation Territorial ».

En ligne de mire, apparaissent les volcans enneigés. Ils seront nos repères pour les semaines à venir. Ce soir nous dormons au bord d’un lac artificiel, avec pour toile de fond ces géants bienveillants. Les enfants se baignent… en doudoune ! Les pieds anesthésiés par le froid, il faut les forcer à sortir. Mais les fesses, elles, sont restées bien au sec ! Nous longeons des champs de noisettes qui partiront alimenter les usines de pâte à tartiner. Après Victoria, des panneaux sur la route « raclette et camembert »! Adèle nous attend au fondo Mondio. Elle est la jeune gérante d’une ferme appartement à une fondation ayant des liens forts avec la France . Ceci expliquant cela. Le soir, Leïla me dit « on est bien ici, c’est presque comme à la maison. On a un lit pour nous tout seul et des couettes. Enfin des couvertures, mais c’est presque pareil ! » En plus, il y a la douche du futur : eau chaude, jet d’eau et musique ! On s’y endormirait presque. Le tout, c’est d’en sortir. La salle de bain doit avoisiner les 10 degrés ! On est bien ici. La ferme emploie une petite vingtaine de salariés dont la plupart vivent sur l’exploitation avec leur famille. Une ambiance chaleureuse règne. Plaisir des repas pris ensemble. Douceur des balades entre lac, champs et forêts. Célestin taille un lance-pierre. Joachim, l’amoureux d’Adèle, lui en fabrique un avec un haut de bouteille en plastique et des ballons de baudruche. Léo, l’administrateur technique de l’exploitation, rentre de weekend avec un lance-pierre pour chacun des enfants. Les plans de la révolution s’affinent… Petite journée facile pour rejoindre Curacautín, notre porte d’entrée pour les Andes.

3. De Santiago à Concepción, de la vallée centrale au Pacifique

3. De Santiago à Concepción, de la vallée centrale au Pacifique

Autant l’avouer tout de suite, les deux premières semaines de vélo au Chili n’ont pas été des plus plaisantes. Dure, dure, la route rythmée par le bruit des voitures et les aboiements de chiens. On reste perplexe quand la piste cyclables termine sur l’autoroute, mais on sourit en voyant le nom du pont qu’il nous faut alors traverser : « Peor es nada « ! Tout va bien !

Quand la pluie s‘y met, c’est un peu la déprime sur la route qui mène à l’océan Pacifique… Leïla tombe alors qu’elle est accrochée à Florent. Leïla pleure. Leïla se relève. Leïla est forte. Deux minutes plus tard, elle repart. C’est sans doute la plus forte d’entre nous !

Nous traversons des villages ravagés par les inondations des dernières semaines. Le fleuve est monté haut, déposant des tonnes de limon dans les champs, les rues, les maisons, emportant des parties de route. La terre n’a pas encore réussi à absorber toute l’eau tombée, tout est détrempé, encore inondé.

Fin de journée à Hualañe. Épreuve du supermarché, j’ai la tête qui tourne devant les fromages qui se ressemblent tous. Chanco, gouda, quesillo, mon œil novice  n’arrive pas à en choisir un !  Un repère comme un phare rassurant : le marchand de fruit et légumes. La nuit tombe, oú dormir ? Depuis le début, la campagne n’est pas propice au camping : tout est fermé, grillagé, barbelé, cadenassé, les maisons, les champs, les forêts, même les réserves naturelles ! Lors d’une balade dans un parc dans les hauteurs de Santiago, Célestin de s’exclamer « Tiens la porte de la nature ! » et Leïla d’ajouter « Mais, si ils mettent des grillages pour protéger les animaux, comment ils peuvent sortir du coup ? ». A Hualañe, la nuit tombe, hostal et hosteria sont fermées, oú aller ? Nous allons rendre visite aux pompiers. Nous ne pouvons pas dormir á la caserne, il n’y a personne cette nuit. La jeune de garde nous propose de profiter d’une pièce vide chez sa tante. Finalement nous partagerons avec elle le grenier de son père. Toute la famille part faire la fête après nous avoir fait des lits biens chauds !

A l’inverse de toutes ces barrières, les chiliens nous ouvrent grand leurs portes ! Est-ce le froid ? la pluie ? la présence des enfants ? notre bonne étoile ? plus surement et tout simplement leur gentillesse. Un soir, dans la cuisine d’une vieille et belle maison de ferme,  Célestin me demande tout bas « Combien de temps on reste au Chili ? « Quelques mois. » « Super ! Ici il y a toujours de grandes tables avec plein de choses à manger ! » (Spéciale dédicace à Jorge et Gallia 😉 )

C’est dimanche. Moins de circulation, c’est plus agréable. Crachin breton qui mouille pas mal. Pause de midi dans une école désaffectée. C’est déglingue, mais il y a des jeux pour se faire les muscles, comme dans pratiquement tous les villages. Les enfants adorent ! On dirait que rien ne les surprends. Ils s’adaptent à tout sans se poser de question, dorment n’importent oú. Ils sont heureux même sous la pluie et dans la boue ! Sans nul doute parce qu’ils vivent l’instant présents. Ils n’ont pas froid (vive les doudounes et les pantalons de pluie), n’ont pas faim (toujours avoir du patatores dans ses sacoches) et ne se préoccupent pas de la route à prendre, ni de là oú l’on va dormir (« Vous savez pas oú camper, bin, on va demander! »).

Des dunes noires nous annoncent l’océan. Les enfants, sachant qu’ils ne pourront pas profiter des pentes de l’aigle cet hiver, tentent de les descendre en luge de cartons ! Échec. Mais belles rigolades!

Atteindre l’océan nous fait du bien. On découvre un camping sur la plage mis a disposition par la municipalité de la Trinchera : de beaux abris aux couleurs des oiseaux d’ici, avec un point d’eau. Des tables et bancs à l’abri du soleil et de la pluie, un platelage bois pour les tentes : pas très pratique pour nous. On s’installe sur les bancs, on bouche les espaces entre les planches des  trois « murs » pour lutter contre le vent. Nuit bercée par la pluie qui tombe. Le vent tourne, ouille, est-ce que les duvets vont se mouiller ? Flemme de bouger, je me laisse bercer.

11 septembre, c’est l’anniversaire du coup d’état de Pinochet. L’occasion d’évoquer avec les enfants les dictatures, les disparitions forcées, et surtout l’importance de se battre pour que tous, de part le monde, nous ayons notre liberté de penser et de nous exprimer.

Les routes le long de la côte ne sont jamais plates, pas davantage la côte chilienne que la côte normande, au milieu du bal des grumiers c’est rude ! « Pourquoi les arbres sont en ligne ? » « C’est ainsi que l’on fait vivre les arbres ici… ». Des hectares et des hectares de pins et d’eucalyptus, bien rangés, bien barricadés. Ça monte et ça descend sec. Les enfants assurent ! Aujourd’hui, premier vrai camping « sauvage » au bord de la rivière. Au moment de se coucher : « Célestin, c’est toi qui a planté le bâton ? » « Oui, mais il est dans l’eau, je l’avais pas mis dans l’eau ! » « … ». Nous couchons les enfants. L’eau monte. La rivière coule toujours dans le même sens. L’eau monte encore. Quand atteint-on le point critique de l’évacuation ? Est-ce que ça peut être la marée ? Personne à qui demander. Les maisons sont éclairées, les télé allumées, mais pas âmes qui vivent. A-t-il plu plus haut ? D’après la carte, le bassin versant n’est pas trop important, donc peu de risque de débordement au vue des dernières pluies de ce côté là. L’eau monte encore. Un peu inquiets, on range toutes les affaires possibles sans réveiller les enfants… Une vague arrive de l’estuaire, c’est donc bien la marée qui monte ! Heu, mais jusqu’où ?? Les dernières traces laissent penser qu’elle va monter sur une bonne partie de la piste, mais que la tente devrait rester au sec. On re-déplie les matelas. Les enfants dorment toujours. Nous gardons un œil et une oreille ouverts… C’est que se réveiller au milieu d’un fleuve sorti de son lit, nous connaissons. Il y a quelques années, le Baker, le fleuve du Chili au plus gros débit. Un barrage naturel avait rompu en amont. Profondément endormis nous n’avions pas entendu l’eau monter et nous nous étions réveillés au son d’un joli clapotis. L’eau nous entourait de toute part, au ras de la tente ! Il s’en était alors fallut de peu… Au réveil, les enfants s´’étonnent « l’eau, elle est montée, il faut partir ! » « Humhum, laissez-nous dormir… ».

Pour s´éviter le trafic et profiter des belles vues sur l’océan, nous partons sur les pistes. Ouch. C’est pire ! Des pentes à  plus de 25% ! On n’a jamais vu ça ! Les enfants sont sur les pédales. Leïla est tirée par Flo quand c’est difficile, puis seule quand ça devient trop difficile ! Célestin : « Mon poids en sandwich pour avoir grimpé cette côte! »,  » J’espère qu’après ils nous récompensent par une descente ! ». Les enfants inventent des mots « Quel est l’âne qui a construit cette route ? » « Un anio = un âne idiot! ». La journée est récompensée par quelques belles descentes, mais si abruptes qu’elles ne sont pas vraiment reposantes ! La vraie médaille : un magnifique bivouac à l’aplomb de l’océan, coucher de soleil à l’abri du vent. Et ça, ça vaut bien toutes les côtes du monde !

Journée de folie pour rejoindre Concepción, seconde ville du Chili. Encore quelques kilomètres de ripio bien raide avant de retrouver l’asphalte, puis route bien circulée de Dichento à Temo. Ensuite sur les recommandations des locaux (et contre l’avis de Léo, notre contact à Conce), nous prenons la route alternative : une ancienne voie ferrée abandonnée de la côte. Au début tout va bien, c’est plat, pas de voiture. Puis ça se complique quand flaques et boue prennent de plus en plus de place, un peu plus quand il faut passer sur ou à travers des arbres tombés lors des dernières tempêtes et vraiment, quand tout simplement la piste, après un tunnel obscure, devient sentier étroit avec ballaste et traverses sous les pieds. Heureusement le paysages est beau sous le soleil!  Retour à la civilisation en arrivant au port de Lirquen et nouveau départ sur les routes alternatives : une piste qui traverse une zone humide protégé… une piste bien inondée ! Pour s’éviter la baignade, on monte sur la voie ferrée, en état de marche cette fois. Des promeneurs du soir nous rassurent : ça ne passe que de temps en temps, le dernier train date d’il y a une demi-heure… On avance vite, un œil devant, un œil derrière. Retour sur la piste, la nuit tombe peu à peu. Célestin me chuchote avec un petit sourire « je n’ai jamais vu papa aussi pressé ». Il faut dire qu’entrer dans une grande ville par les faubourgs déglingues, au milieu des chiens, n’est jamais agréables, encore moins de nuit, pas plus que la 2×2 voies qu’il nous faut prendre… Heureusement, il y a une bande d’arrêt d’urgence et un échappatoire rapide. Enfin nous arrivons ! Léo, Nicolas et Daniela nous accueillent à bras ouverts. Simon et Ronja ont préparé un grand repas. Ayant pris les mêmes chemins quelques jours avant, ils se doutaient de l’état de nos estomacs ! Merci à tous !!!

2. Santiago !

2. Santiago !

Cap au sud ! heu, non, à l’ouest !

Vol de nuit. Nous quittons la France sous l’œil rassurant de la pleine lune. Elle va nous accompagner une bonne partie du trajet, baignant d’une lumière magique la côte et l’océan. Nous ne pouvions rêver plus beau cadeau de départ ! Le survol des Andes est tout aussi extraordinaire.

Nos amis Jorge et Gallia nous attendent à notre arrivée à Santiago. Plaisir des retrouvailles. Ils n’ont pas changé. Seul le petit Santiago de Grenoble a bien grandi et nous faisons la connaissance de la grande Laura.

Choc thermique. C’est la fin de l’hiver ici, nous l’avions oublié (occulté ?). Ce n’est pas que les températures soient extrêmement basses, mais il fait gris et humide. Tous ensemble nous allons chercher le soleil et les couleurs à Valparaiso. C’est beau ! Au retour à Santiago, nouvelle plongée dans les cartes, la météo… Nous pensions aller rapidement dans le sud en bus, mais il y a encore pas mal de neige á moyenne altitude, nous mettrons donc le cap l’ouest direction l’océan.

Demain, premiers coups de pédales sur les routes chiliennes !

1. Départ indéterminé…

1. Départ indéterminé…

Tout départ finit par arriver à qui sait attendre !

Quand est-ce qu’on part ? Où est-ce qu’on va ? Les questions les plus posées par les enfants ces deux derniers mois… Si les grandes lignes de cette année un peu particulière étaient tracées depuis longtemps (Bolivie, Chili Argentine, á naviguer le long des Andes), entrer dans le vif du sujet a été un peu plus compliqué. Comme lors de notre précèdent long voyage, nous ne voulions pas prendre l’avion, mais le bateau pour rejoindre le continent sud-américain. Malheureusement, en 10 ans, il n’y pas que nous qui avons changé ! Ce qui nous paraissait couteux, mais simple : prendre un cargo entre l’Europe et Buenos-Aires n’est plus possible. Depuis le Covid, les compagnies ne s’embêtent plus à prendre des passagers sur ce trajet. Les bateaux de croisières, ces monstres touristiques, font la transatlantique Nord>Sud en novembre et Sud>Nord en avril, pas dans notre calendrier. Quant à faire du bateau-stop sur des voiliers, là aussi nous ne sommes pas vraiment raccord avec les saisons. De plus nous sommes quatre dont deux enfants et peu de bateaux vont directement de l’Europe au sud de l’Amérique du sud. Le trajet classique étant plutôt : Europe > Canaries > Cap Vert > Caraïbes. Dernière piste explorée : les cargos à la voile. Mais idem, pour le moment ils vont surtout chercher rhum, café et cacao dans les caraïbes. Bref, il a fallu prendre la terrible décision de prendre l’avion. Et là, le champ des possibles s’est ouvert ! Peut-être un peu trop pour nos petites têtes ! Où arriver ? Au nord ? Au sud ? A l’est ? A l’ouest ? Et de nous rappeler, il y a dix ans, les dénivelés pour grimper sur l’Altiplano, Torres del Paine, sud de la Patagonie en avril, la tente givrée, les pieds gelés qui ne rentrent plus dans les chaussures, le Salar d’Uyuni, pédaler dans 20 cm d’eau saumâtre. Si tout ca fait bien rire les enfants, ce n’est pas certain qu’ils aient envi de le vivre pour de vrai… Alors on se replonge dans les cartes, la météo, les calendriers. Et nous finissons par nous décider : ce sera un départ depuis Paris pour une arrivée à Santiago, d’où nous partirons vers le sud le long de la cordillère des Andes jusqu’au sud de la Patagonie avant de remonter vers le nord et la Bolivie.

Le 14 aout, nous prenons les billets. Célestin a tenu à enregistrer lui-même son numéro de passeport avant de courir annoncer à tous ceux qui prenais l’apéro dehors : « ça y’est, on a pris les billets !!! » (Miracle !!)

Maintenant, il s’agit de rejoindre Paris et son aéroport depuis la Lozère où nous sommes. Une vague de chaleur s’annonce… On choisit l’option ombre + rivières. Ce sera le canal du Nivernais que nous faisons pour la quatrième fois ! Mais avant, un peu de train jusqu’à Moulins avec une petite pause chez des amis à Vic-le-Comte. La mise en jambe est facile. Célestin comme Leïla avalent les kilomètres, 40 dans la matinée pour pouvoir se baigner tous les après-midis ! L’arrivée à Paris se fera en train depuis Sens. Facile !

Quelques jours chez le cousin à Pantin. Les enfants profitent du Parc de la Villette et de Paris-Plage pendant que les adultes se demandent comment amener vélos + grands cartons à l’aéroport…